Laïcité Féministe

Pour les féministes, la laïcité, soit la séparation de l’État et des religions, sa neutralité et le respect de la liberté de conscience, est un outil important de la lutte pour le droit des femmes à l’égalité.

Cependant, cet outil n’est pas suffisant pour atteindre notre but : que toutes les femmes soient libres. Il faut aller plus loin.

Indépendance

Bloquer les fondamentalistes

La laïcité c’est d’abord la séparation des religions et de l’État. Les principes religieux ne doivent pas influencer les décisions d’un gouvernement laïc. Or des groupes religieux fondamentalistes, ici et ailleurs dans le monde, tentent d’imposer leurs dogmes à tous et à toutes. Ces dogmes sont généralement ancrés dans une idée rétrograde du rôle des femmes dans la société et les porteurs tentent de limiter la liberté des femmes. Pensons à l’influence au Canada des évangélistes chrétiens dans le débat sur l’avortement ou encore à l’influence des Wahhabistes en Arabie Saoudite. Il est donc important que le Canada et le Québec reconnaissent formellement la séparation entre État et religion.

Être féministe et pour la laïcité de l’État, c’est vouloir empêcher les fondamentalistes de s’approprier le pouvoir. Les féministes sont donc actives pour contrer le développement d’un terreau fertile aux dogmatismes religieux et à la prise de contrôle des institutions démocratiques par des groupes religieux rétrogrades.

Malheureusement, on assiste à une montée du fondamentalisme religieux, ici et ailleurs dans le monde. C’est particulièrement le cas lors d’une augmentation importante de l’insécurité économique et politique. Pour les féministes, il faut donc que les États adoptent aussi des politiques pour assurer l’accès à un revenu décent pour toutes et tous et pour contrer les exclusions sociales et politiques.

Neutralité

Combattre les discriminations

Un État laïc – neutre devant la croyance ou l’athéisme des citoyenNEs – est censé traiter tout le monde également. La neutralité représente un gain dans la mesure où l’État n’impose pas la religion de la majorité sur des personnes non-croyantes ou sur un groupe religieux minoritaire et vice versa.

Être féministe et pour la laïcité de l’État, c’est vouloir que l’État soit neutre envers les religions mais pas neutre dans le choix des principes qui guident son action. Pour les féministes, l’État québécois doit respecter le droit de toutes les femmes à l’égalité. Si une pratique religieuse compromet la liberté d’une fille ou d’une femme, l’État doit intervenir, prenons pour exemple les mariages forcés des adolescentes. L’État, en revanche, ne doit pas être source de discrimination envers les femmes. Lorsqu’il interdit le port du foulard en permettant le port d’une petite croix par les employéEs de l’État, il crée une discrimination à l’endroit des femmes. Pourquoi une personne portant la croix serait perçue par l’État comme étant capable d’assumer son travail avec neutralité et non celle qui porte le foulard?

Pour les féministes, la neutralité absolue, qui ne tient pas compte de la discrimination indirecte, pourrait avoir pour effet de créer des standards injustes. Ainsi, l’État laïc doit s’assurer de la neutralité de ses interactions avec les citoyenNEs tout en s’assurant qu’il n’introduit pas de nouvelles formes de discrimination.

Autonomie

Respecter la liberté de conscience

La laïcité permet de vivre dans une communauté où la diversité de croyance n’est pas vue comme un mal à éradiquer au nom d’une seule vérité, mais comme une réalité à laquelle tout le monde doit s’accommoder. La laïcité est donc un rempart important pour les croyantEs, mais aussi pour les athéEs et les agnostiques.

Être féministe et pour la laïcité de l’État, c’est garder le souvenir qu’au Québec, les luttes des femmes se sont inscrites dans la sécularisation de la société et la séparation de la religion des institutions de l’État, mais aussi dans la liberté de conscience. En effet, les batailles ont été nombreuses pour que les divers curés, pères et maris cessent de contrôler le corps et la vie des femmes sans pour autant forcer les femmes à abandonner une pratique religieuse, voire même tenter de redéfinir les dogmes religieux.

Aujourd’hui, il faut continuer à s’assurer qu’aucune personne ou institution ne peut imposer aux femmes une identité ou une pratique religieuse. Il faut aussi reconnaître que des femmes, y compris des féministes, maintiennent un rapport à la croyance et la spiritualité. Dans les cas où les femmes subissent de la pression pour se conformer à des pratiques religieuses - puisque cela existe -, l’État laïc doit s’assurer de l’accès des femmes à un réseau d’information, de soutien et de défense de droit. Un État laïc ne doit pas contribuer, par ailleurs, à la stigmatisation de personnes ou de groupes de personnes en raison de leur croyance ou de leur athéisme

Égalité

Pour que toutes les femmes soient libres

La laïcité n’est pas une fin, c’est un moyen. La laïcité ouvre des espaces de liberté et empêche que l’État ne devienne l’outil des choix moraux d’une religion particulière. C’est donc un outil précieux, mais ce n’est pas, en soi, l’atteinte de l’égalité et de la justice. Le féminisme a pour but que toutes les femmes soient libres et pour cela, la laïcité ne suffit pas.

Être féministe et pour la laïcité de l’État, c’est savoir se servir de l’outil qu’est la laïcité, mais chercher au final à réaliser l’égalité et la justice. Or, il faut se mobiliser davantage si cela est le but recherché. Il faut s’attaquer au culte de la beauté et de la jeunesse, à l’inégalité salariale, au viol pratiqué en toute impunité, au sexisme dans la publicité, à la pauvreté des femmes à la retraite, à la violence conjugale, aux stéréotypes, à l’intimidation des adolescentes, au sous-emploi des femmes issues de l’immigration et à bien d’autres choses. Quand la laïcité peut nous aider, utilisons là, mais n’arrêtons pas là notre action.